Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/225

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faire, car tout ce que je vois me fait toujours trouver ma maison bien plus agréable. Eh bien ! vous ne dites rien ; qui vous rend donc muette, Emilie ?

Emilie retint une larme qui s’échappoit, et feignit de sourire. Madame Chéron s’étendit sur la splendeur de sa maison, sur les sociétés qu’elle recevoit, enfin sur ce qu’elle attendoit d’Emilie, dont la réserve et la timidité passoient aux yeux de la tante pour de l’ignorance et de l’orgueil. Elle en prit occasion de le lui reprocher ; elle n’entendoit rien à guider un esprit qui se défie de ses propres forces, qui, possédant un discernement délicat, et s’imaginant que les autres ont plus de lumières, craint de se livrer à la critique, et cherche un abri dans l’obscurité du silence.

Le service du souper interrompit le discours hautain de madame Chéron, et les réflexions humiliantes pour sa nièce qu’elle y mêloit. Après le repas, madame Chéron se retira dans son appartement, une femme-de-chambre conduisit Emilie dans le sien ; elles montèrent un large escalier, arpentèrent plusieurs corridors, descendirent quelques marches, et traversèrent un étroit passage dans une partie, écartée du bâtiment ; enfin la femme-de-chambre ouvrit