Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


donne. Je vous parle ainsi, parce que je ne puis, sans douleur, vous voir vous consumer en larmes superflues, et n’essayer aucun effort sur vous-même ; je ne vous ai pas parlé plutôt, parce qu’il y a un moment où tout raisonnement doit céder à la nature. Ce moment est passé, et quand on le prolonge à l’excès, la triste habitude que l’on contracte, accable les esprits au point de leur ôter tout ressort ; vous touchez à cet écueil : mais vous, mon Emilie, vous montrerez que vous voulez l’éviter.

Emilie en pleurant, sourit à son père. Ô mon père ! s’écria-t-elle, et la voix lui manqua. Elle auroit sans doute ajouté : Je veux me montrer digne d’être votre fille. Un mouvement confus de reconnoissance, de tendresse, de douleur, la subjugua ; Saint-Aubert la laissa pleurer sans l’interrompre, et parla d’autre chose.

La première personne qui vint s’affliger avec Saint-Aubert, fut un M. Barreaux ; c’étoit un homme austère et qui paroissoit insensible ; le goût de la botanique les avoit rapprochés, ils s’étoient souvent rencontrés dans les montagnes. M. Barreaux s’étoit retiré du monde, et presque de la société, pour vivre dans un joli châ-