Page:Rambaud, Histoire des doctrines économiques, 1909.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


De lui on a encore la Philosophie rurale[1], les Économiques et surtout la Théorie de l’impôt (1760), où il entreprend de démontrer que les impôts, quels qu’ils soient, retombent toujours sur les propriétaires de biens-fonds, avec plus ou moins de répercussions intermédiaires. Cet ouvrage eut un énorme succès, puisqu’il parvint à sa dix-huitième édition. Mais les critiques qu’il contenait et les réformes dont il impliquait la nécessité, déplurent au roi : Mirabeau passa cinq jours en prison (décembre 1760), puis il fut exilé pour deux mois dans sa campagne de Bignon, et la disgrâce qui en rejaillit sur Quesnay affecta profondément le patriarche de l’école.

Mercier de la Rivière[2] (1720-1793 ou 1794 ?), d’abord conseiller au Parlement de Paris, s’était distingué, en, 1762, en défendant la Martinique attaquée par les Anglais. « Intendant de justices police, finances, et marine dans les Îles françaises du Vent de l’Amérique » depuis 1758, il y avait fait preuve de beaucoup d’énergie, d’intelligence et de désintéressement. Il en revint ruiné, y fut renvoyé une seconde fois, de 1762 à 1764, et revint cette fois ci disgracié sous le ministère de Choiseul. A dater de ce moment, il se voua aux études économiques.

En 1767, il fit paraître l’Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, ouvrage où il s’efforçait de trouver le lien entre l’économie politique et le droit naturel[3]. Le volume eut un grand succès, mais déchaîna une violente polémique. Le principal adversaire en fut Mably, qui y répondit par ses Doutes proposés aux philosophes écono-

  1. Philosophie rurale ou Économie générale et politique de l’agriculture, réduite à l’ordre immuable des lois physiques et morales qui assurent la prospérité des empires, 1763.
  2. Le Dictionnaire d’économie politique de Léon Say et Chailley-Bert l’appellent « Le Mercier de la Rivière » ; Ingram et ses traducteurs(MM. de Varigny et Bonnemaison) le nomment constamment « Mercier-Larivière ». Ces appellations sont erronées.
  3. Nous en avons fait plus haut de nombreuses citations (supra, pp. 175 et s. ; pp. 201 et s.), notamment à propos de la propriété et du commerce international.