Page:Rameau - Notes historiques sur la colonie canadienne de Detroit, 1861.djvu/45

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qui toute la vie, continue à copier le modèle commun proposé à l’école. — Ayant tous eu le même modèle, ils auront tous alors la même écriture ; leur pensée n’a plus assez de nerf pour aller se répercuter dans les inflexions de la main.

Mais en quelque sujet que ce soit, la similitude et la monotonie sont un signe profond de dégénérescence dans l’espèce humaine ; cette société si vantée, et trop fortement éprise de la mécanique et de la vapeur, aurait-elle donc déjà passé l’esprit humain au cylindre, broyé ses formes, usé ses aspérités, et roulé le tout en atomes homogènes et insipides, déjà fort ennuyeux et bientôt impuissants ? Je ne sais, mais combien je préfère, à cette écriture d’automates la large et pittoresque empreinte de la pensée de vos aïeux, chacun s’y peint tel qu’il est, il semble qu’on y voie leur franchise ouverte et pleine de bonhomie, la quiétude de leur esprit, la hardiesse et la fermeté de leur caractère, la courtoisie et la cordialité de leur salutation. — Ces honnêtes signatures sont comme la figure d’un hôte franc et hospitalier, qui vous convie du seuil de sa porte à dépouiller toute cérémonie, vous met à l’aise avec lui même et se fait de suite un de vos amis.

En effet ils étaient réputés pour leur grand