Page:Ramuz - La beauté sur la terre, 1927.djvu/217

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

chait dans les buissons. Bolomey y est venu à son tour ; il reçoit la lumière de l’eau en pleine figure. Elle vous arrive contre, se promenant sur vous comme quand on ouvre et on ferme une croisée dans le soleil. Bolomey met la main sur ses yeux ; il regarde entre ses doigts, en même temps qu’il se glisse dans les buissons à épines et ceux qui produisent des graines à petites cosses violettes vite sèches ; il peut alors ôter sa main, puis on voit venir la maison (c’est plutôt un hangar) avec son toit de trois couleurs posé à même les galets, et il n’y a encore personne devant la porte. Plus loin, sur la grève, deux grandes filles donnent la main à un enfant qui apprend à marcher : — mais on voit qu’il y a toute une préparation quand même pour cet avant-dernier dimanche (car le dernier ne comptera plus) qui se fait sur l’eau. Sur l’eau, dans l’air, par tout le ciel, et aussi là-bas en face de vous, du haut en bas de la montagne, où la bise qu’on sent à peine ici a déjà beaucoup travaillé. Maintenant, la montagne est belle luisante de haut en bas ; ça brille, c’est propre, c’est refait à neuf : tous ces rochers, ces pâturages, ces forêts, ces prés, ces champs, vus comme sous un verre. Et l’eau aussi, on l’a polie ; l’eau, on y a mis plus de soins encore, pour cet avant-dernier dimanche, de sorte que l’autre rivage y est vu à double, toute la grande montagne existe deux fois ; et on navigue autour de la pointe retournée de la dent d’Oche, on est suspendu dans son bateau à mi-hauteur des rochers renversés de Meillerie ; on est dans une barque et en même temps comme dans un téléferrage,