Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/282

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Histoire philosophique
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veur du vœu le plus ardent de la nature. Si c’eſt une vertu ſous la Zone Tempérée, d’étouffer les deſirs qui portent les deux ſexes à s’aimer, à s’unir ; céder à ce penchant, eſt un devoir plus cher & plus ſacré, ſous le climat brûlant du Japon.

Dans les pays où la religion ne peut réprimer l’amour, il y a peut-être de la ſageſſe à le changer en culte. Quel ſujet de reconnoiſſance envers l’être des êtres, que d’attendre & de recevoir, comme un préſent de ſa main, le premier objet par qui l’on goûte une nouvelle vie ; l’épouſe ou l’époux qu’on doit chérir ; les enfans, gages d’un bonheur qu’ils ſentiront à leur tour ! Que de biens dont la religion pourroit faire des vertus & les récompenſes de la vertu ; mais qu’elle profane & dénature, quand elle les répréſente comme un ſentier de crimes, de malheurs & de peines ! Oh que les hommes ſe ſont éloignés des fondemens de la morale, en s’écartant des premiers ſentimens de la nature ! Ils ont cherché les liens de la ſociété dans des erreurs périſſables & funeſtes. Si l’homme avoit beſoin d’illuſions pour vivre en paix avec l’homme, que ne les prenoit-il