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Géographie

sa part dans cette augmentation du nombre des « Latins », par le Canada et le Manitoba ou Nord-Ouest, son ancien empire, et par l’Algérie, son Canada nouveau ; mais cette part n’est pas digne d’elle et le nombre des hommes de langue espagnole, et même de langue portugaise, grandit avec plus de vitesse que celui des hommes de langue française. Pour l’instant, on peut estimer les Roumains à 8 millions, les Portugais à 16 millions, les Italiens à 29 millions, les Français à 45 millions, les Espagnols à 50 millions.

Le capitaine qui fit de la Gaule une chose romaine, César, introduisit chez nous le sang d’Italie et la langue latine ; ce sang ne vainquit point le sang indigène, mais cette langue tua le gaulois. Deux ou trois cents ans suffirent à cette œuvre de mort : que pouvaient des patois sans lettres, n’ayant que des chansons, des proverbes, contre la langue littéraire parlée par les maîtres du monde, langue des soldats, des tabellions, des juges, des collecteurs d’impôts, des marchands, des bains, des cirques ? la langue aussi des prêtres, lorsque le christianisme eût renversé les autels païens, mais alors le gaulois ne vivait déjà plus que dans quelques lieux reculés. Ce fut la lutte impossible de l’algonquin contre le français, de l’iroquois contre l’anglais, du guarani contre le lusitanien, le combat désespéré des langues indiennes contre l’espagnol, des langues sibériennes contre le russe. Le celte de nos pères disparut tellement devant le latin, qu’il n’y a guère en français que vingt mots authentiquement gaulois.

Quand Rome, si longtemps secouée, tomba, la Gaule était donc romaine : par la langue s’entend, le sang restant avant tout gaulois, et sans doute « antégaulois » ; elle parlait le latin populaire, vulgaire, la lingua rustica ; elle écrivait le latin littéraire. Les invasions germaines déposèrent quelques centaines de mots teutons sur la langue gallo-romaine, qui peu à peu s’altéra, perdant ses désinences, contractant ses mots, et usant de plus