Page:Reclus - Histoire d'une montagne, 1880.djvu/157

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
148
HISTOIRE D’UNE MONTAGNE.

qui s’est graduellement élargie, rapproche-t-elle de nouveau ses bords et le glacier se ressoude-t-il ? Pourquoi la surface se bombe-t-elle régulièrement sur un point pour se crevasser ailleurs ? En voyant tous ces phénomènes qui reproduisent grossièrement les rides, les vaguelettes, les remous ou les nappes unies de l’eau des fleuves, on comprend mieux l’unité qui, sous l’infinie diversité des aspects, préside à toutes les choses de la nature.

Quand on s’est fait l’intime du glacier par de longues explorations et que l’on sait se rendre compte de tous les petits changements qui s’accomplissent à sa surface, c’est une joie, un délice de le parcourir par un beau jour d’été. La chaleur du soleil lui a rendu le mouvement et la voix. Des veinules d’eau, presque imperceptibles d’abord, se forment çà et là, puis s’unissent en ruisselets scintillants qui serpentent au fond de lits fluviaux en miniature qu’ils viennent de se creuser eux-mêmes, et disparaissent tout à coup dans une fente de la glace en faisant entendre une petite plainte à la voix argentine. Ils se gonflent ou s’abaissent, suivant toutes les oscillations de