Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
90
l’homme et la terre. — orient chinois

et les influences ennemies, au nord et au milieu celle de la Chine, au sud celle du Japon, régnaient sur les populations de la péninsule[1].

Le nom même du Japon, comme celui de la Corée, témoigne de sa dépendance relativement à la Chine. Connu d’abord aux Européens sous le nom de Zipango, modification du chinois « erl pien kvuo » signifiant « Empire du Soleil Levant », il indique bien les îles situées à l’orient de la grande terre. Cette position déterminait d’avance les conditions dans lesquelles devait se développer la civilisation de l’archipel : le foyer d’origine ne pouvait se trouver ailleurs que dans la plaine des alluvions apportées par les deux grands fleuves chinois ; toutefois la distance par mer est assez considérable, un millier de kilomètres, entre le rivage de la Chine proprement dite et les côtes méridionales de Kiu-siu, l’île qui termine au sud la myriade des terres japonaises. Celles-ci, quoique destinées à recevoir de la puissante nation voisine le ferment d’activité intellectuelle, restèrent néanmoins fort longtemps isolées dans leur mer de brouillards fréquents ; elles ne se trouvaient en communication avec le monde policé du continent que par le long détour de la péninsule de Corée et seulement à leur extrémité du sud : tout le reste de l’archipel recourbait son hémicycle montueux en face des côtes sauvages de la Mandchourie, de tout temps habitées par des populations de pêcheurs et de chasseurs.

Les îles japonaises appartenaient aussi dans les temps préhistoriques à des tribus de mœurs très primitives ; on a même retrouvé en maints endroits les reliefs de festins d’anthropophages. Longtemps les Japonais de races diverses vécurent dans la sauvagerie première, jusqu’au jour, dit la légende, où le fameux empereur chinois Chi-Hoang-ti envoya dans l’archipel trois cents jeunes couples pour y cueillir la « fleur d’immortalité »[2].

Parmi les contrées qui pouvaient entrer en communication avec l’archipel du Japon, la Chine était la seule qui pût l’aider à développer la culture intellectuelle et morale de la nation, mais c’est d’ailleurs que vinrent la plupart des éléments ethniques dont le mélange a constitué le peuple japonais. Quelques anthropologistes et géographes ont émis l’hypothèse que les habitants du Nippon appartiennent en

  1. Pfitzmaier, Nachrichten von den alten Bewohnern des heutigen Korea.
  2. Du Halde, Description de la Chine, 1735.