Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/120

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l’homme et la terre. — inde

eurent commencé entre les rivages de la Méditerranée et les bouches de l’Indus, les mots « Inde » et « Indiens » se transmirent aux îles, aux continents et aux habitants du Nouveau Monde découvert par les Espagnols. Ainsi toutes les régions situées en dehors des parties de la Terre connues par les anciens Grecs furent considérées comme des « Indes », orientales et occidentales, continentales et insulaires. La singulière fortune de ce nom géographique qui, sous sa forme primitive, Sind, ne désigne plus que le pays du delta et un torrent, affluent du Djelam en aval de Srinagar, témoigne, plus que tout autre fait, du sentiment d’admiration que provoquèrent chez les Occidentaux les produits apportés d’au delà de l’Immaüs, et du respect mystérieux qui entoura les porteurs de la langue et de la civilisation aryennes, établis, aux origines de l’histoire écrite, sur les bords du grand fleuve.

L’Inde, en son sens étroit, se présente à nous d’une manière parfaitement déterminée et dans un ensemble de très belle unité. Elle est une « expression géographique », comme le fut autrefois l’Italie : la mer au sud, et, au nord, un prodigieux amphithéâtre de sommets, se déployant de la mer d’Arabie au golfe du Bengale, la détachant nettement du reste de l’Asie, en font une individualité distincte d’une étendue très grande, soit environ quatre millions de kilomètres carrés, si on l’embrasse dans ses grands contours, sans tenir compte des endroits précis où doivent passer les limites naturelles et des régions limitrophes ou insulaires qu’il faut considérer comme en dépendant. Le tout affecte une forme presque régulière, composée de deux triangles réunis par leur base, l’un, celui du nord, présentant sa pointe obtuse vers les sources de l’Indus, entre les monts de l’Afghanistan et ceux du Kachmir, l’autre, celui du sud, dardant son promontoire aigu dans les eaux de l’Océan Indien. Ces deux triangles juxtaposés, sous l’aspect d’une gigantesque raie, correspondent exactement à deux régions naturelles bien délimitées. Le triangle septentrional est constitué par les deux bassins de l’Indus et de la Gangà aux grandes plaines alluviales : c’est la région qui, sous la domination du grand Mongol, fut spécialement désignée par le nom d’Hindoustan. Le triangle méridional est un vaste plateau, le Dekkan, que limitent au nord presque géométriquement l’arête du Satpura et ses prolongements, au sud de la rivière Narbada. L’île de Ceylan