Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/128

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l’homme et la terre. — inde

défend au large la grande Ceylan, comme de terres vivant à la façon des plantes et parcourant tous les stades de la vie organique : naissance, croissance, vieillesse et décomposition. « Quand les habitants s’aperçoivent de l’insécurité du sol qui les porte, ils font choix d’une île qui grandit pour y transférer leurs cocotiers, leurs autres cultures, leurs ustensiles et établir leurs demeures »[1]. Les Mille et une Nuits reproduisent les fables et les impressions des navigateurs sous une forme relativement très moderne, mais les récits primitifs, que l’on répéta de bouche en bouche, datent certainement de plusieurs milliers d’années, et peut-être, avec les proverbes et les contes, furent-ils l’œuvre littéraire la plus antique du monde, bien antérieure aux Veda et aux Bibles.

Un aussi vaste ensemble de contrées que l’Inde méridionale avec ses dépendances insulaires devait, pendant le cours des âges, recevoir des populations très différentes les unes des autres : la nature du sol, son relief et son climat le voulaient ainsi. En considérant l’ensemble du vaste triangle de plateaux et de montagnes, limité au nord par les plaines sindo-gangétiques, on constate qu’il se compose de deux versants opposés, une pente rapide, brusque même en certains endroits, qui domine la mer d’Arabie, et une contre-pente à lente déclivité, presque insensible, descendant au golfe du Bengale. La distribution des peuples dans le grand territoire se fit naturellement en conformité avec cette disposition géographique. Les tribus aborigènes se maintinrent en îlots dans les massifs escarpés de montagnes qui dominent le plateau ou dans les profondeurs des forêts, là où il leur était le plus facile de résister aux invasions ; les nations policées, disposant de moyens considérables pour l’extension de leur pouvoir, s’établirent sur les parties régulièrement inclinées du plateau, tandis que les ports de la côte occidentale et l’étroite lisière à laquelle ils donnent accès reçurent les étrangers de toute provenance amenés des pays lointains par le souffle de la mousson.

À l’époque où l’histoire commence pour les contrées de l’Inde méridionale et de Ceylan, les peuplades indigènes ayant un caractère distinct étaient certainement plus nombreuses qu’elles ne le sont de

  1. Albirouny ; Jos. T. Reinaud, Relations des Voyages des Arabes, tome I, Paris, 1845.