Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/144

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
126
l’homme et la terre. — inde

himalayennes. Dans cette plaine rase de terres alluviales que parcourent les hauts affluents de l’Indus, l’itinéraire des peuples en marche est tracé d’avance par la nature : ce chemin s’écarte de la zone marécageuse et fébrigène qui longe le pied des montagnes ; il ne peut qu’éviter également la région inférieure où les rivières n’ont plus d’eaux assez abondantes pour arroser toute la contrée en une campagne continue ; quant à l’emplacement des cités qui doivent s’y élever comme lieux d’étape et de commerce, il est indiqué par les points de passage des rivières. La ligne médiane de la plaine, de plus grande fertilité et de plus grande salubrité, est forcément l’axe de la population la plus dense : au delà, vers l’est, cet axe se ramifie suivant le cours des rivières du bassin gangétique ; leur direction est parallèle à celle du va-et-vient des populations, tandis que dans le Pendjab les rivières traversent normalement la grand’route.

La région nord-occidentale de l’Inde, qui déploie son beau golfe rayé de verdure entre les monts de l’Afghanistan et ceux du Kachmir, est celle qui devint fameuse dans l’histoire de l’humanité sous le nom de Pays des « Sept rivières ». De tous les fleuves de la Péninsule, le plus puissant par la masse liquide fut jadis celui qui donna son nom à l’Inde entière et qui même transmit son appellation au dieu d’alors le plus adoré et le plus redouté, le farouche et majestueux Indra. Mais les fleuves, comme les dieux, ont leur destin. Indra gît maintenant découronné, d’autres divinités ont pris son rôle dans la nature et sa place dans le ciel ; de même le Sindh a perdu son rang parmi les fleuves de la Terre et, dans la péninsule Indienne, il n’est plus que le troisième : quelques-uns de ses affluents se sont desséchés ; il en est même dont on cherche l’ancien cours sans être bien sûr de l’avoir découvert. Le nom de la contrée qu’il traverse a forcément changé pendant le cours des siècles, de manière à proclamer la déchéance de l’Indus. Il y a trente siècles, la plaine du haut fleuve était le Septa Sindhu ou les « Sept Indes », les « Sept fleuves » ; actuellement, on ne parle plus que du Pendjab, les « Cinq fleuves » ou Pentapotamie.

Les cours d’eau que mentionnent les Veda et dont parlent les écrivains postérieurs se retrouvent pour la plupart, quoique sous d’autres appellations : Djelam-Hydaspes, Tchenab-Akesines, Ravi-Iravati-Hyarotes, Bias-Hyphasis, Satledj-Hesydrus ou Satadru — la rivière aux cent chenaux — ; mais qu’est devenue la déesse Sarasvati, que le