Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/177

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rôle spécial de l’himalaya

l’abri des serres du condor : le puissant oiseau qui vole au-dessus des Andes ne peut descendre dans l’air lourd des terres inférieures, et
Doc. comm. par Mme Massieu.
femme merwari en habit de fête (désert de thar)
même il succombe quand on l’amène en cage au littoral. Les Tibétains, accompagnés de soldats chinois, descendirent, il est vrai, au Nepâl, en 1793, mais leurs avant-postes n’atteignirent point la plaine basse : ils s’arrêtèrent dans les jardins de Nayakot, près de Khatmandu, à 700 mètres d’altitude, puis se hâtèrent de remonter. Dans le courant des siècles, cette incursion ne fut probablement pas la seule, mais, somme toute, les pillards redoutés par les campagnards d’en bas ne sont pas ceux des hauts sommets, ce sont les voisins immédiats des avant-monts. Comme dans la course de la vie, où les porte-lumière se transmettent la torche de main en main, sur les pentes de l’Himalaya les chocs de guerres se propagent de haut en bas, par l’intermédiaire de peuples différents.

Le centre de gravité des populations aryanisées n’était déjà plus dans le bassin de l’Indus et s’était transporté dans celui de la Gangâ, dans l’Audh et le Bengale actuels, lorsque, à une époque évaluée par la plupart des chronologistes à trente ou trente et un siècles avant nous, se firent vers l’Inde méridionale et Ceylan les grandes campagnes d’invasion qui asservirent, du moins temporairement, les habitants kohlariens et dravidiens aux Aryens du nord. Déjà une nouvelle génération de dieux régnait dans le ciel : Indra se retirait vers l’arrière-plan, tandis que Vichnu, Siva emplissaient le monde de leurs miracles. Des peuples inconnus jusqu’alors se montrent dans l’histoire, mais les récits, transmis de bouche en bouche pendant des