Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/182

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
166
l’homme et la terre. — inde

de l’Inde se rendaient un compte raisonné des conséquences ethniques qu’amèneraient les croisements.

Et laissant de côté les hypothèses de « nationalistes » et chauvins, défenseurs d’une prétendue pureté originelle de leur race, il importe d’étudier les faits eux-mêmes. Considérées ainsi, les origines de la caste sont multiples. Certainement la conquête a été pour une grande part dans la formation de ce régime : le nom même des castes — varna ou couleur — semble indiquer que, lors de l’invasion des Aryens, les classes se superposèrent d’après la couleur de la peau chez les conquérants et les conquis. Les premiers étaient les blancs ; au-dessous d’eux venaient les rouges, les jaunes et les noirs, et, quoique cette division soit à maints égards très arbitraire, elle répond néanmoins d’une manière générale à la réalité : les envahisseurs se distinguaient en effet par la nuance, blanche ou blanchâtre de la peau, tandis que les populations asservies présentaient en très grande majorité des types à teintes plus foncées. Les vainqueurs ne manquent jamais d’exagérer les différences de cette nature au profit de leur vanité. Mais la conquête ne fut que le début du régime de la caste : l’oppression du maître, continuant pendant des siècles et des siècles, en fit une institution acceptée de tous, la transforma en un dogme religieux, en une sorte de fatalité d’apparence inéluctable et finit par modeler la société tout entière suivant un gabarit hiérarchique dont on put croire les lignes définitivement arrêtées.

D’après les commentateurs classiques, la société hindoue aurait été divisée depuis ses origines en quatre castes bien tranchées, les prêtres Brahmanes, les guerriers Kchatrya, les bergers ou agriculteurs Vaiçya, enfin, les Sudra, gens d’ordre inférieur s’occupant de divers métiers réputés sans noblesse. Ces quatre castes d’inégale dignité étaient cependant « pures » puisqu’elles sortaient toutes de diverses parties du corps de Brahmâ. Au-dessous grouillait la foule des « impurs », des barbares et des diables ne méritant pas même d’être classés parmi les hommes. Toutefois, cette division est purement théorique et ne correspond nullement à la réalité, car chaque peuple de l’Inde offrit toujours une différence dans le nombre et la hiérarchie des castes suivant les diversités d’origine, de migrations, de métiers, de traditions, de mœurs, de religions : les écrivains grecs et latins, au lieu d’énumérer quatre castes, en comptent sept, et dans chaque pro-