Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/217

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déplacement de la capitale

tions de l’Occident représentaient un avoir d’au moins cinquante-cinq millions de sesterces, et l’on ramenait en échange des denrées revendues au centuple du prix d’achat.

C’est probablement à la prospérité commerciale des ports de la côte occidentale et de toute la région voisine de la mer « Érythrée » que l’on doit attribuer le déplacement du centre de gravité de la puissance politique. La mouvement de conquête des Aryens et de tous les autres envahisseurs devait naturellement se propager vers l’est par la « route royale », que continue le cours même de la Gangâ, et le centre de la résistance ne pouvait se trouver ailleurs que dans les régions très populeuses où viennent s’unir les grands affluents, irriguant les campagnes à perte de vue. Plus tard, lorsque les conquérants aryens, ou du moins ceux qui gouvernèrent sous leur nom et qui fondèrent la dynastie solaire, puis la dynastie lunaire, se disputant l’empire en d’effroyables guerres, eurent acquis la suprématie dans l’Inde entière, le foyer de leur puissance devait rester également dans la contrée des Prasiens ou Prachya, c’est-à-dire des « Orientaux », qui vivaient dans le bassin de la Gangâ, de l’Audh au Bengale. Quand Alexandre pénétra dans l’Inde, le centre de la puissance hindoue était à Patna, mais peu de décades après cet événement, on voit le siège de l’empire changer et se rapprocher de l’emplacement qu’occupe de nos jours le camp anglais de Rawal-Pindi. Trois ou quatre siècles plus tard, à l’époque où le commerce gréco-indien prenait un essor rapide grâce à la découverte d’Hippale, un autre souverain, Vikramâditya, le roi qui a la « Force du soleil », fit de sa ville royale et sainte, Udjein, près du seuil de partage des deux mers, une cité de très grande splendeur, dont on admire encore les ruines ombragées et fleuries au nord de la ville moderne du même nom. Udjein était considérée comme une métropole ; l’ère de samwat[1] fondée en l’honneur de Vikramâditya, était naguère la plus répandue dans toute l’Inde du nord, et le méridien qui passe par le mont Mérou était censé traverser la ville d’Udjein pour aboutir à l’île de Lanka, c’est-à-dire à Ceylan[2]. Sans doute les astronomes hindous se trompaient, mais leurs erreurs étaient pourtant

  1. L’année 1900 de l’ère vulgaire occidentale correspond à l’année 1843 de l’ère samwat.
  2. Jos. T. Reinaud, Mémoire géographique, historique et scientifique sur l’Inde.