Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/226

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l’homme et la terre. — inde

entre Malais, Hindous, Chinois et les peuples autochtones ou descendus du Nord, tels les Thaï du Siam ; elle eut certaines périodes de travail glorieux, où les éléments les plus actifs influencèrent victorieusement leurs voisins, — ainsi la langue usitée actuellement au Siam renferme plus d’un cinquième d’expressions cambodgiennes[1] — mais de ces actions multiples il ne jaillit point une synthèse puissante irradiant au loin.

L’œuvre d’indianisation, à laquelle la nature n’opposait pas d’obstacles, put se continuer sans peine à travers les âges aussi longtemps que dura dans le pays d’origine la poussée d’une civilisation progressive, et la culture hindoue avec ses religions et ses mœurs, avec sa langue même, se répandit des bords de la Gangâ jusqu’à l’Océan Pacifique. Vers l’époque où, de l’autre côté de l’Inde, se produisait l’influence hellénique, le brahmanisme, puis le bouddhisme furent portés par ce courant, de même qu’avaient été portées antérieurement d’autres religions à caractère moins complexe, plus rapproché du naturisme primitif. Les Khmer du Cambodge, les Tchampa du littoral appartenaient au monde indien beaucoup plus que les populations indigènes des plateaux de l’Inde proprement dite.

Le centre de la civilisation khmer, remarquable par le grand nombre de ses monuments l’architecture, occupe en effet un des lieux les mieux situés pour recevoir et maintenir dans le bien-être une population très dense. Les deux vallées maîtresses de l’Indo-Chine orientale, le Menam et le Mékong, qui constituent les deux grandes voies historiques de la Péninsule, dans la direction du nord au sud, sont réunies dans leur cours inférieur par une longue dépression transversale parallèle au littoral maritime, formant entre les deux fleuves une superbe avenue ; un beau lac, le Tonle-sap, qui paraît avoir été un golfe marin il y a quelques milliers d’années, complète les routes de terre, très faciles à suivre, par ses voies de navigation vers le Mékong. Entre ce bassin lacustre et le seuil de partage élevé d’où les eaux s’épanchent, au nord-ouest vers le Menam, au sud-est vers le Mékong, se groupèrent, pendant les périodes pacifiques, le plus grand nombre d’habitants auxquels lacs, rivières et golfes fournissaient une quantité prodigieuse de poissons ; c’est là que furent trouvés par M. Jammes

  1. Raquez, Bulletin du Comité de l’Asie française, 1903, p. 431.