Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/24

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l’homme et la terre. — orient chinois

toute communication directe entre l’Occident et l’Orient de l’Asie. Comme nouées les unes aux autres, les diverses arêtes des monts se trouvent juxtaposées, pressées, comprimées, mêlées par leurs massifs latéraux, de manière à former une énorme succession de remparts occupant un millier de kilomètres du sud au nord, des plaines du Pundjab aux steppes du Ferghana. En cette partie du continent, une traversée directe dans le sens du méridien terrestre ne put jamais s’entreprendre antérieurement à l’époque moderne qui fournit aux voyageurs des ressources en confort inconnues jadis ; tant de crêtes se succèdent, barrant l’horizon de leurs roches et de leurs glaciers, que les oiseaux eux-mêmes, dans leurs migrations aériennes, ne les franchissent point directement et les contournent par l’angle sud-oriental, de manière à ne voir sous eux qu’une étroite saillie de pointes et d’arêtes neigeuses entre les vallées profondes striées de verdure. Mais de l’ouest à l’est, des vallées affluentes de l’Oxus à celles du Tarim, les voyageurs purent toujours se risquer de l’un à l’autre versant pendant la saison favorable, grâce à la disposition des coupures d’érosion qui, de part et d’autre, entaillent parallèlement la masse du plateau, dont la largeur moyenne en ces régions est d’environ 500 kilomètres.

Pour des masses considérables d’hommes, ces étendues neigeuses des Pamir, parsemées de lacs, rayées de moraines, furent toujours infranchissables, même en été : la nature y était trop âpre, le vent trop dur, et les rares pasteurs conduisant leurs troupeaux dans les fonds auraient eu trop peu de ressources pour entretenir les visiteurs. Mais quoique ces hauteurs dussent apparaître aux gens de la plaine comme la région de la froidure et de la mort, il fallait pourtant que de hardis voyageurs cherchassent à se frayer un chemin à travers leurs steppes glacées : il le fallait puisqu’il y avait appel de l’un à l’autre versant. Les pasteurs qui parcouraient les hauts pâtis pendant les quelques mois de la belle saison trouvaient de chaque côté, à l’issue des gorges, des campagnes peuplées, des villages et même des villes dont les habitants se maintenaient, grâce à eux, en relations mutuelles. D’ailleurs la meilleure preuve de l’existence de ces communications est que, sur les versants opposés des Pamir, la population parait avoir eu les mêmes origines. Quoiqu’ayant varié de part et d’autre pendant le cours des siècles, elle a parcouru la même évolu-