Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/32

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l’homme et la terre. — orient chinois

à moitié chemin entre l’Atlantique et le Pacifique, les hautes vallées du Tarim où l’on recueille les admirables cailloux furent-elles le centre de ce commerce. À l’époque où la contrée, alors très populeuse, était le lieu de rendez-vous des marchands, la récolte du jade, qui se faisait après chaque grande crue, était inaugurée par le souverain comme une cérémonie religieuse, et les plus beaux galets devaient être portés à son trésor. Des carriers exploitaient aussi directement les roches de syénite et de micaschiste pour en extraire les veines de jade : c’est une industrie qui reprendra quelque jour.

Du grand marché de Khotan vers l’Occident, la voie historique suivie de tout temps est facile à reconstituer dans sa direction générale. Se détachant de la route de la vallée qui, encore de nos jours, porte le nom turc de Kara-kath ou du « Jade noir » et remonte vers un col formidable (5 568 m.) du Karakorum, « Noirs Escarpements », pour redescendre ensuite vers l’Indus, le chemin de l’Occident, que l’on pourrait appeler « la Route du Jade », longe à l’ouest et au nord-ouest la base des montagnes jusqu’à l’endroit où s’est élevée la ville de Yarkand, lieu de marché qui, de tout temps comme de nos jours, était fréquenté par Chinois et Mongols du lointain Orient, gens de Kachmir et de l’Inde, et Aryens plus ou moins mélangés, originaires d’outre Pamir. Il s’y trouvait encore naguère cinq mille individus des vallées occidentales ayant traversé le « Toit du Ciel » [1]. À partir de Yarkand, l’itinéraire des marchands, contournant au sud le massif dominateur du Mustagh-ata, franchit plusieurs vallées et les arêtes intermédiaires, plutôt que de s’engager dans une cluse longitudinale, passe devant un des nombreux Tach-kurgan ou « amas de pierres » qui parsèment la contrée, et se trifurque pour descendre à l’ouest en diverses régions que parcourent les hauts affluents de l’Oxus, et gagner la Bactriane.

Au nord des Pamir, une autre voie naturelle, beaucoup plus nettement tracée que celle du midi, mettait en communication les deux versants de l’Ancien Monde : utilisant une vallée qui s’ouvre comme une large fosse dans la direction de l’est, entre les deux arêtes parallèles de l’Alaï au nord et du Trans-Alaï au sud, cette route aboutit à une large plaine d’une altitude de 3 000 mètres environ, où la ligne

  1. Forsyth, From Leh to Yarkand.