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marche du christianisme

Mais déjà les nouveaux venus étaient semi-civilisés, et sous leur gouvernement, comme naguère sous celui des Ostrogoths, la société, continuant les travaux de l’agriculture et de l’industrie, put se dire encore romaine. La péninsule Italique serait devenue complètement lombarde si les papes, nommés par ces conquérants, n’avaient fait appel aux Francs d’Austrasie qui, sous Charlemagne, devinrent les maîtres de l’Europe occidentale.

Pendant cette période de l’invasion et de l’établissement des barbares, l’Église catholique avait conquis une grande puissance matérielle. Portée par ce qui restait de la civilisation latine, avec laquelle elle faisait corps désormais, elle avait graduellement pénétré par les voies historiques vers tous les centres de commerce, puis de là s’était répandue dans les lieux écartés. La légende se raconte autrement, mais d’une manière erronée. D’après les récits des hagiographes, les apôtres, les compagnons et les compagnes de Jésus auraient débarqué dans les Gaules dès les premières années qui suivirent la crucifixion, et les indigènes, aussitôt convertis, auraient ainsi mérité le nom de « fils aînés de l’Église », revendiqué par les catholiques français. Pour les autres pays, on raconte des histoires analogues : les disciples du Sauveur, se partageant le monde, se seraient dirigés chacun vers la contrée dont la conversion lui était assignée ; même l’un d’entre eux, Thomas, aurait débarqué dans l’Inde, sur la côte de Malabar. Mais l’histoire, telle que l’ont révélée les inscriptions et les chroniques, nous montre que ces conversions soudaines et miraculeuses n’existèrent que dans la facile imagination des moines : le christianisme se propagea de la même façon que la langue latine, suivant l’appareil nerveux que lui fournissaient les routes et les marchés. En Gaule, il s’installa d’abord dans les villes à demi grecques et romaines de Marseille, Aix, Arles : il remonta par la route du Rhône vers Vienne et surtout vers le premier centre qui exerçât dans la suite une réelle influence : Lyon, lieu de divergence des chemins qui se dirigeaient vers l’Helvétie, la Germanie, la Belgique, la Bretagne ; mais tandis qu’il se propageait rapidement le long des routes activement fréquentées, il ne pénétra que lentement chez les gens des pagi, chez les « païens » écartés des grands centres de commerce et conservateurs des anciennes coutumes. Le christianisme naissant en Gaule rencontra quelques individualités