Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/402

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l’homme et la terre. — barbares

légères, sur lesquelles semblent s’appuyer les arcades avec le fier couronnement de leur coupole.

À côté des évêques et du plus puissant d’entre eux, dont la part dans le gouvernement des hommes grandissait peu à peu, se développait une nouvelle institution ecclésiastique, le monachisme, qui devait acquérir une autorité morale beaucoup plus forte encore. Comme autrefois les prophètes juifs, issus spontanément de la nation, partageaient toutes ses passions, ses douleurs, ses espérances, et exerçaient une action profonde sur leurs compatriotes, les moines vivaient avec la foule, ils étaient devenus son âme, tandis que le haut clergé héréditaire formait une classe distincte, ayant ses intérêts spéciaux qui se confondaient parfois avec ceux de l’ennemi. Si, dans les commencements de l’Église chrétienne, il n’est guère question des moines, c’est que le clergé ne s’était pas encore établi d’une manière définitive : on se trouvait toujours dans la période du danger et des persécutions ; le dédoublement ne s’était pas fait entre les témoins ardents de la foi qui se lançaient dans l’œuvre de propagande et les prêtres auxquels leur savoir, l’illustration de leur famille ou d’autres avantages assuraient une position éminente. Mais dès que l’Église eut officiellement triomphé et qu’une classe ecclésiastique apprit à profiter largement de la domination morale et matérielle sur le peuple, un partage devenait urgent dans le travail de l’Église : tout ce qu’il y avait de naturel et de vivant devait surgir d’en bas, du sein même des communautés ardentes et fanatiques.

Le monachisme, bien antérieur, dans l’Orient, à l’évolution chrétienne, n’avait cessé de s’y perpétuer : de même qu’il avait été transmis par le védisme au bouddhisme, puis au brahmanisme, de même il passa des Juifs aux chrétiens et du désert d’Édom à celui d’Égypte. Les riverains du Nil, à l’abri du soleil sur le bord du fleuve, à l’ombre des sycomores, éprouvent en général un vif sentiment d’horreur pour le désert ; encore imbus des mêmes superstitions que leurs ancêtres, ils le croient peuplé par les mauvais génies. Même la certitude d’y trouver un trésor ne pourrait les décider à passer une nuit dans l’une des nombreuses cavernes des monts Arabiques[1]. Et cependant c’est en Égypte que l’on vit les saint Paul et

  1. Georg Schweinfurth, La Terra incognita dell’ Egitto, p. 11.