Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/48

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l’homme et la terre. — orient chinois

des hautes terres en y formant une garniture extérieure de vallées, dans lesquelles les agriculteurs chinois ont pénétré. Le contraste n’en est que plus saisissant entre les lambeaux allongés des cultures et les terrasses supérieures, promontoires avancés de la grande « Terre des Herbes » au sol doucement ondulé que les troupeaux parcourent facilement dans tous les sens.

Les populations de la Terre des Herbes et des oasis enfermées par les sables du Gobi sont historiquement très diverses par l’origine, mais on a l’habitude de les embrasser sous un même nom, et d’ailleurs le même genre de vie les a fait se ressembler beaucoup. Au moyen âge on les connaissait uniformément par l’appellation de Tartares (Tatares), et depuis un millier d’années on les dénomme surtout Mongoux ou Mongols, mot que l’on croit avoir le sens de « libres, braves ou vaillants ». Considérant ces tribus (Kalmuk, Tchakar, Khalkha, Buriates) comme formant une race dont elles seraient le type primordial, la plupart des anthropologistes classificateurs emploient aussi le terme de « Mongols » ou « Mongoloïdes » pour désigner d’une manière générale tous les peuples « jaunes » de l’Orient, en y comprenant même les Malais et les Polynésiens ; mais, on le sait, cette désignation n’a qu’une valeur toute conventionnelle. Même, à certains égards, les Mongols offrent précisément des caractères qui les différencient nettement du type spécial attribué à leur race. En premier lieu, ils ne sont point « jaunes » mais surtout bruns et hâlés, et ceux d’entre eux qui vivent dans l’obscurité des lamaseries, à l’abri du grand air, ont souvent le visage aussi blanc que les Européens astreints à la même existence.

Les Khal-kha, qui s’attribuent une certaine supériorité sur les autres Mongols comme appartenant à la famille Djenghiz-khan, et qui constituent toujours la peuplade la plus honorée, sont peut-être ceux de tous qui répondent le moins au type mongolique des auteurs. Ils n’ont pas les yeux bridés par une paupière oblique comme la plupart des Chinois ; mais à d’autres égards, ils correspondent au type convenu : l’œil petit, bien protégé par les paupières, brille au fond de l’orbite ; la figure est large et ronde ; le nez, peu saillant, séparé du front par une dépression très large, n’apparaît souvent que comme une sorte de gros bouton au milieu de la figure ; de rares poils de moustache et de barbe ombrent les lèvres et le menton, tandis que