Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/512

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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

anciens Normands sur le littoral de l’Europe antérieure porta les annalistes et les historiens à ne voir dans ces hommes du Nord que des barbares sans culture, tandis qu’à maints égards c’étaient des civilisés, supérieurs même à ceux dont ils venaient prendre les villes et les richesses. Leur armement, boucliers, ceinturons, glaives, était plus élégant, leurs armes plus fièrement ciselées et damasquinées. Leurs vêtements étaient plus riches, parce qu’ils étaient plus industrieux, plus habiles à tisser et à broder les étoffes. Leurs navires
Musée d'antiquités de Stockholm
bijoux des normands.
étaient plus beaux, mieux gréés, plus solidement construits : tel de leurs vaisseaux portait des rameurs et des combattants par centaines. Leur commerce était fort actif, notamment avec les régions orientales, qu’ils ne pouvaient atteindre que par le mouvement des échanges et non par des incursions armées : on a découvert en plusieurs îles de la Baltique et jusqu’en Norvège des amas de monnaies bysantines, sassanides et abbassides, ainsi que des objets précieux d’origine grecque et asiatique, fibules, agrafes, anneaux et colliers et autres bijoux : commerce et piraterie s’associaient volontiers chez les Normands, comme jadis chez les Phéniciens et les Grecs, et comme de nos jours chez les Malais. C’est incontestablement en Orient et dans le monde méditerranéen qu’il faut chercher les commencements de l’art scandinave, qui se développa peu à peu de manière originale[1]. L’écriture elle-même, ces caractères au moyen desquels furent reproduites les Saga, n’apparaissent d’abord que sous la forme d’incorrectes et barbares reproductions des lettres romaines ; mais ces traits grossiers se transfor-

  1. Alfred Maury, La vieille Civilisation Scandinave. Revue des Deux Mondes, 15, IX, 1880.