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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

ces Vénètes auxquels les Allemands ont donné le nom de Wenden et qui se sont avancés au loin dans la Germanie septentrionale jusqu’à l’Elbe, et plus au sud jusqu’à la Saale ; même on constate l’arrivée d’une de leurs tribus dans le pays de Lüneburg, entre Elbe et Weser, et des noms de rivières et de lieux nous les montrent en pleine Franconie, là où se dresse aujourd’hui la cité de Nürnberg (Nuremberg). Au sud, les invasions des Slaves suivent celles des Goths et autres nations germaniques entraînées vers le Sud et vers l’Ouest ; ils occupent les régions danubiennes connues de nos jours sous le nom de Haute Autriche et remplissent la plus grande partie de la péninsule des Balkans.

La Macédoine, la Thrace, la Thessalie deviennent des pays slaves ; les envahisseurs du Nord poussent même jusque dans le Péloponèse, et la Grèce entière prend le nom de « Slavie » : la nomenclature géographique de la contrée permet de constater combien grande fut l’influence de la langue, très rapprochée du serbe actuel, qu’apportèrent les étrangers. Quoi qu’on disent maints écrivains hellènes, fiers de la gloire acquise par leurs ancêtres des grands siècles, le croisement de la race slave avec celle des indigènes modifia singulièrement les éléments ethniques de l’ancienne Grèce ; mais les produits du mélange, soumis à l’influence très puissante et toujours agissante du milieu géographique, ont graduellement reconstitué un type grec moderne très rapproché de l’ancien.

Aventurées dans les plaines basses, sans frontières naturelles de défense contre les peuples germaniques environnants, les tribus slaves se trouvaient dans une position naturellement instable, et depuis mille années, elles ont dû beaucoup reculer : les Allemands leur ont repris la plus grande partie du territoire qu’elles avaient envahi. Soit par la conquête et le massacre, soit par lente pénétration et substitution de race, de culture et d’influence, ils ont refoulé l’élément slave vers les steppes originaires. Mais précisément dans le centre naturel de l’Europe et du monde germanique, les Tchèques et leurs frères de race, les Moraves, ont tenu bon. C’est qu’en cet endroit le grand quadrilatère de la Bohême, occupé jadis par les Celtes boïens, constitue une véritable citadelle disposée par la nature suivant des formes remarquablement géométriques. Le haut bassin de l’Elbe et de sa branche maîtresse, la Vltava ou Moldau, ne s’ouvre que par un long et tortueux défilé vers