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l’homme et la terre. — chevaliers et croisés

« ville sainte », en dépit de la force naturelle de sa position, de la solidité de ses murs et la vaillance de ses défenseurs. Le royaume chrétien de Jérusalem avait duré moins de cent ans : les hasards de la fortune guerrière le relevèrent pendant quelques années fugitives, au treizième siècle, puis tout fut fini, malgré les croisades successives.

Au sud de la Méditerranée,» l’Islam refoula également les forces de la chrétienté. Les Roger de Sicile avaient fait aussi leur croisade dans la Maurétanie. Ils s’étaient emparés de tous les ports de la Tunisie et même de Tripoli. Ainsi le territoire de l’Islam avait été coupé en deux et si les Normands avaient conservé la possession du littoral barbaresque, l’Espagne musulmane, définitivement séparée du monde oriental de l’Islam, privée de ses communications et de tout appui moral, eût été certainement beaucoup plus tôt reconquise par les chrétiens de Navarre, des Asturies et des Castilles ; mais, dès le milieu du douzième siècle, les conquérants de Sicile avaient été obligés de lâcher prise. En 1109, ils durent se rembarquer pour le nord, et, pendant sept cents années, l’Islam d’Afrique continua de se défendre avec succès contre toute attaque de l’Europe occidentale.

L’occupation pendant plus d’un demi-siècle de la ville où mourut le Dieu des chrétiens devait naturellement exercer une influence considérable sur l’ensemble de la civilisation européenne et sur toutes ses manifestations. D’ailleurs, cette action infiniment complexe est fort difficile à démêler dans tous ses détails, et, plus encore, celle qui se produisit par le contact réciproque des Occidentaux avec les peuples de l’Orient. Néanmoins, les résultats généraux se présentent avec assez d’évidence pour qu’on puisse les distinguer en toute certitude et constater de quelle manière ils réagirent sur l’équilibre du monde.

Tout d’abord, la puissance de l’Eglise romaine se trouva singulièrement accrue. Quels que fussent les intérêts ligues dans ces entreprises, toutes les Croisades s’étaient faites officiellement sous le nom et à la plus grande gloire de la papauté ; c’était en la présence du pontife lui-même ou des plus grands prélats que les chevaliers avaient clamé leur adhésion parfaite à la « volonté de Dieu », et le signe même qu’ils avaient agrafé à leur manteau témoignait de leur soumission envers le pouvoir spirituel. Cette hégémonie de la papauté dans le mouvement des Croisades aurait dû, semble-t-il, entraîner comme