Page:Reclus - L’Homme et la Terre, tome 1, Librairie Universelle, 1905.djvu/557

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civilisation ninivite

tain, récités en une langue étrangère, enveloppés du mystère de la musique, ce sont des proclamations d’une impérieuse clarté : « J’ai pris les villes d’assaut, s’écrie Sanherib, et j’en ai fait des monceaux de cendres… J’ai balayé la contrée comme avec un balai et je l’ai changée en
(Musée du Louvre.)Cl. Giraudon.
tête d’officier assyrien
L’idée de la force oppressive ressort de tous les membres fabuleusement vigoureux, orgueilleusement tendus… Mais la tête ?… La tête est nulle, glacée, impassible (Gobineau).
désert ! » — Et que nous dit le document connu sous le nom de cylindre de Taylor ? — « Mes chars de guerre, écrasant hommes et bêtes, broyaient les corps des ennemis. Je me suis érigé des trophées avec des amas de cadavres dont on coupait les extrémités. À tous ceux qui tombaient vivants en mon pouvoir, je faisais couper les mains. Assurbanipal célèbre aussi son exultante férocité : « Il est tombé vivant dans mes mains et je l’ai fait écorcher vif. J’ai fait arracher les yeux à son fils, mais au lieu de le jeter aux chiens, je l’ai muré dans la porte du Soleil, à Ninive ». Ces hauts faits ne suffisaient point encore au serviteur d’Assur » : il fallait qu’il attelât à son char les rois vaincus et se fit mener par eux, à coups de fouet, devant les autels des grands Dieux pour leur offrir ses actions de grâce en souvenir des corps mutilés, des villes incendiées, des populations anéanties. La rage des sar s’exerçait même contre les morts : « J’emportai leurs ossements, dit Assurbapinal