Page:Remy - Les ceux de chez nous, vol 5, Quelle bonne sirope, 1916.djvu/10

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pas bien visé, voilà que ça vient dans mon œil et sur mon menton. Ça coule, ça coule tout froid et plaquant et je suis tout diloboré ; il y a même un filet qui va tout doucement dans mon cou, je le sens et je n’ose pas toucher pour ne pas me déplaquer encore plus fort. Vite, vite, je remets le couvercle du tonneau tout de même comment, et je cours avec ma main tout au large et en tinglant mon hatreau et un œil que je ne peux plus ouvrir tellement que ça colle. Je sais justement bien où il y a une grande tine pleine d’eau toute bleuve qu’on a fait la bouaye dedans. Et je cours dans le fournil pendant que Trinette n’est pas là, parce qu’elle est dans la prairie pour mettre sécher les affaires qu’elle a rispâmé dans la tine. Je me lave très bien, mais la sirope ne veut d’abord pas partir ; il y en a trop et je l’étends encore plus fort en frottant. Mais je gratte avec mes ongles de mes deux mains, puis elle s’en va, surtout que j’ai pris une noquette de vert savon dans le crameau de la potale. Ça fait une samneure qui me pique, et je n’ai rien pour me ressuyer ; je l’fais avec mon panai, car il ne faut pas que je soye trop propre non plus, autrement on le verrait. Je fais semblant de rien en venant un peu près de Trinette, comme pour qu’elle me voie et qu’elle dise