Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/122

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— Je donnerai des ordres pour votre rapatriement. Vous pouvez vous retirer.

Puis, après avoir consulté sa liste des témoins, l’honorable président donna l’ordre d’amener Oudjayani.


XIII

LES FAKIRS.



On vit s’avancer un individu de haute stature, vigoureux, quoique d’une maigreur excessive, et d’une physionomie à la fois farouche et ascétique.

Sa peau avait des tons de bistre et de cuivre ; ses cheveux noirs avaient l’air d’une crinière de lion hérissée.

Il était couvert de haillons sordides ; il avait pour ceinture une corde de fer, où pendait une lourde chaîne qui allait se rattacher à un anneau rivé au bas de sa jambe droite.

Cet étrange personnage tenait le bras droit levé, et les ongles de sa main droite, qui était fermée, étaient si démesurément allongés qu’ils avaient pénétré dans sa chair.

À son aspect, quelques personnes d’origine blanche éprouvèrent un sentiment de surprise et de répulsion ; mais les Hindous ne semblèrent pas étonnés de la singularité de ses allures. Ils savaient qu’Oudjayani était un fakir.

— Je ne vous ai pas ordonné de lever le bras, lui dit le président.

— Il me serait impossible de le baisser, mylord, répondit l’Hindou, j’avais fait vœu de rester deux années entières le bras en l’air, et à l’expiration de ce temps, ce bras était devenu raide comme une barre de fer ; je ne pouvais plus l’abaisser.

Le fait devait paraître si incroyable à la majeure partie des assistants que sir Monby pria le docteur Collnot, chirurgien en chef de l’armée de Madras, qui assistait aux débats, de donner quelques explications sur ces phénomènes morbides.

— Cet homme, dit le docteur, en s’empressant de se rendre à l’invitation du magistrat, est un yogi. Parmi les fakirs, ou moines mendiants de la religion mahométane, on appelle yogis ceux qui cherchent à se distinguer par des actes extraordinaires de dévotion.

« Les uns restent attachés à un poteau pendant des mois entiers.