Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/128

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« Il était cramponné à deux branches, et sa tête tournée de mon côté.

« Malgré la nuit, je distinguais ses yeux injectés de sang et à demi-fermés, son corps tacheté et son ventre blanc pressé contre l’arbre.

« Je restai un instant paralysé par la frayeur.

« Au-dessous de moi, trois ennemis implacables me menaçaient ; au-dessus de ma tête, un animal féroce me guettait, la gueule ouverte, prêt à me dévorer ! Partout la mort !

« Je m’appuyai d’une main sur une branche, de l’autre je tirai mon poignard, prêt à bien recevoir le carnassier s’il m’attaquait.

« Cependant le chat-tigre ne bougeait plus.

« Mais un des Thugs grimpait le long du tronc.

« Je montai encore ; mon poignard toucha la gorge de la bête sans que celle-ci remuât. Elle était morte.

« La balle d’un chasseur l’avait atteinte. Dans les convulsions de l’agonie, le chat-tigre avait enfoncé ses puissantes griffes dans l’écorce des branches et il y était resté suspendu.

« Je respirai ; j’essuyai mon front qui perlait de sueur, et, après avoir rassemblé mes esprits, je reportai de nouveau mes regards vers le danger qui venait d’en bas.

« Le Thug montait toujours.

« Malgré l’obscurité, je distinguai les deux autres postés au-dessous de l’endroit que j’occupais.

« Je détachai successivement et non sans peine les griffes de l’animal enfoncées dans l’écorce ; puis quand il ne fut plus que couché sur les deux branches, je montai au-dessus, je le fis glisser avec précaution et le lançai dans l’espace.

« Un cri épouvantable monta aussitôt vers moi ; le cadavre était allé tomber sur la tête de l’un des Thugs et l’avait renversé.

« Son compagnon essaya de lui donner quelques soins, puis j’entendis bientôt un sifflement particulier, et le Thug qui montait vers moi redescendit rapidement. Je le vis rejoindre son camarade, et ils emportèrent le blessé vers la rivière.

« La nuit était assez claire pour que je puisse suivre leurs gestes : ils se baissaient et tâchaient de ranimer l’Étrangleur en lui jetant de l’eau à la figure.

« Je ne les perdais pas de vue, car j’étais convaincu qu’ils n’abandonneraient pas la lutte. Cependant, au bout d’un certain temps, ils laissèrent le blessé sur la rive et s’éloignèrent.

« Comprenant qu’ils ne tarderaient pas à revenir, je cherchai par quel moyen je pourrais me sauver.

« En ce moment, je sentis l’écorce de l’arbre qui cédait sous mes pieds.