Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/352

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L’endroit où se tenait cette assemblée était une pièce d’une grande étendue.

Les nombreuses torches qui l’éclairaient permettaient de saisir les moindres détails de son architecture bizarre.

Elle avait au moins deux cents pieds carrés et, pour supporter la partie supérieure du sol sous lequel la caverne avait été creusée, on avait tiré du roc même de lourdes et massives colonnes, régulièrement alignées sur plusieurs rangs et profondément cannelées.

Les chapiteaux de ces colonnes avaient l’apparence de coussins renflés sur les bords par la pression du poids énorme qu’ils supportaient, et la voûte, plate comme dans les monuments égyptiens, semblaient reposer sur les poutres sculptées, qui cependant faisaient corps avec elle.

Les murailles offraient en relief de gigantesques figures d’hommes et de femmes dans des attitudes obscènes.

La voûte, à laquelle semblaient suspendus une foule de génies et de monstres, représentaient le ciel.

Le long des corniches se détachaient des têtes d’éléphants, de lions et de chevaux.

Puis c’étaient, çà et là, autour de la salle, entre les colonnes, de colossales et hideuses statues représentant divers dieux de la mythologie hindoue, avec leurs symboles et leurs attributs.

En face de Brahma, à la physionomie douce et sereine, indiquant ce calme parfait, cet inaltérable repos, ce nirvâna, dans lequel les Hindous font consister le bonheur des élus, s’élevait la statue grossière de Schiba.

Mais la plus hideuse de toutes était celle qui, haute de plus de vingt pieds, était au fond du temple et auprès de laquelle se tenaient groupés les principaux personnages de la réunion.

Il connaissait bien cette divinité terrible, celui qui assistait, caché, à cette assemblée secrète et mystérieuse, et cependant il y arrêta longtemps ses yeux, comme s’il eût voulu défier sa colère.

C’était la puissante déesse des Étrangleurs, celle qui ne se plaît que dans le carnage et boit le sang de ses ennemis.

Elle avait quatre bras, tenait dans une de ses mains un glaive sanglant, et de l’autre la tête du géant Dourga.

Ses deux autres mains, aux doigts crochus et crispés, semblaient attendre les victimes.

Deux cadavres étaient suspendus à ses oreilles en guise d’ornements.

Un large collier de chairs pantelantes descendait sur sa poitrine.

Sa langue tombait jusqu’à son menton.

Ses cheveux rouges, au milieu desquels serpentaient des vipères naja, se déroulaient jusqu’à terre, et elle portait à ses chevilles des mains fraîchement