Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/422

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La jeune femme était étendue sur une chaise longue, plus pâle que de coutume. Ses grands yeux étaient cernés. Sa main amaigrie pressait contre ses lèvres un mouchoir de batiste avec lequel elle s’efforçait d’étouffer ses sanglots.

Son mari, agenouillé près d’elle, cherchait à la calmer, mais elle ne répondait à ses marques d’amour que par un mouvement de tête qui semblait exprimer qu’elle était sous l’empire d’une grande douleur.

— Voyons, ma chère enfant, lui dit le comte, pourquoi désespérer ainsi ? Pensiez-vous donc qu’il nous suffirait d’une seule démarche pour retrouver celle que vous cherchez, et n’est-ce pas manquer de confiance en moi que de vous laisser aller aussi vite aux larmes et à l’abattement ? Le ciel m’est témoin cependant que je donnerais tout au monde pour vous épargner un chagrin, car je vous aime, amie, plus que je pensais aimer jamais. Ah ! je ne croyais pas que mon cœur ulcéré pût éprouver encore de telles sensations, que mon âme pût s’ouvrir à de telles délices !

— Pardon, dit la jeune femme en laissant tomber sa tête sur l’épaule de son mari et en offrant son front si pur à ses baisers, pardon ! Mais cette douleur que j’ai ressentie en arrivant à Londres avait déjà éveillé en moi de lugubres pressentiments. Je ne connaissais, il est vrai, ma sœur que par ses lettres si bonnes, si touchantes, et néanmoins, la nouvelle de sa mort, que j’ai apprise dès la premier jour de notre débarquement, m’a profondément frappée. Puis est venu l’insuccès de nos recherches pour retrouver ma mère ; et, malgré moi, malgré vous, j’ai perdu alors toute espérance.

— Enfant ! fit le comte, avec un affectueux mouvement de menace.

— De plus, continua la jeune femme, il faut bien que je vous l’avoue, j’ai peur !

— Peur ! Et de quoi ?

— De l’œuvre mystérieuse et terrible que vous poursuivez malgré mes prières. Ces journées, ces nuits que vous passez loin de l’hôtel, et que je sais ne pas être consacrées par vous au plaisir, sont pour moi pleines de rêves et de terreurs. Que faites-vous, que devenez-vous, pendant que je suis seule et que je tremble ? Tenez, je crains de le deviner, ou plutôt j’en suis trop certaine.

— Que voulez-vous dire ?

— Une nuit, je vous attendais, vous vous le rappelez ; j’étais restée à ma fenêtre, guettant le bruit de vos pas, et je vous ai vu traverser la cour avec Yago. Vos habits et les siens étaient en haillons ; vous étiez blessé à l’épaule ; vos mains étaient tachées de sang.

— Je vous ai tout expliqué. Nous nous étions trouvés, mon domestique et moi, mêlés à une rixe dans le quartier des matelots, où nous nous étions rendus pour continuer nos recherches. J’ai même cru un instant, ce soir-là,