Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/476

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

première fois, il eut honte de lui-même ; il se demanda ce qu’il faisait dans un semblable lieu.

Il se souvint alors de ce qui s’était passé depuis vingt-quatre heures et des projets de pillage qu’il venait d’entendre discuter ouvertement devant lui par les misérables dont l’ivresse l’avait fait l’ami momentané, et une réaction subite se produisit dans son esprit.

Il lui sembla qu’il avait mieux à faire encore qu’à s’abstenir lâchement ; il se dit que, rester là, c’était se faire le complice du crime qui allait se commettre, et, sans plus réfléchir, il quitta la table et sortit précipitamment de la taverne.

Une fois loin de cette atmosphère lourde et viciée, son cerveau se réveilla complètement.

Quelques secondes au grand air suffirent pour lui rendre tout son calme.

Sa résolution fut bientôt prise.

Il descendit Star lane, s’orienta, car il était vraiment perdu dans cette partie de Londres, et disparut, à la stupéfaction de maître Bob, qui l’avait suivi jusque sur le pas de la porte et ne comprenait ni le mutisme ni la sobriété de ce client inconnu.

Le tavernier n’était, du reste, vraiment préoccupé que d’une chose : de la mauvaise tournure que venaient de prendre subitement ses affaires.

Malgré la promesse du comte, il avait peur de ne jamais toucher ses deux mille cinq cents livres, et sans nous permettre de supposer que maître Bob regrettait l’argent plus encore que l’occasion de devenir honnête, il n’en est pas moins certain qu’il était furieux de ce qui s’était passé.

Ces réflexions, qu’il faisait sur le pas de la porte, au grand air, le conduisirent tout naturellement à penser à Saphir qui l’avait trahi, et à se jurer qu’il saurait bien se faire donner par elle l’adresse du comte, puisqu’il avait été assez niais, lui Bob, pour ne pas le suivre.

De cette idée à celle qu’il se pouvait que la folle eût été conduite chez sa fille et que l’intéressant était de s’en assurer, il n’y avait qu’un pas.

Le tavernier le franchit si rapidement, que moins de cinq minutes plus tard, il avait donné ses ordres à Mab, fermé sa porte, et qu’il se dirigeait en courant vers Piccadilly.

En arrivant dans Dove’s street, en face de l’hôtel de Saphir, Bob poussa un soupir de satisfaction.

Les fenêtres du premier étage étaient brillamment éclairées ; il s’en échappait des notes joyeuses et des éclats de rire.

La courtisane était certainement chez elle et sa mère ne lui avait pas encore été amenée. Le mieux était donc d’attendre le plus patiemment possible.

L’ex-convict s’y décida, et après avoir découvert à quelques pas de l’hôtel