Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/498

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

— Ma fille ?… Saphir, Saphir !

La malheureuse ne savait même plus, des noms de son enfant, que celui que la prostitution lui avait donné.

Ada se releva les yeux remplis de larmes et le désespoir peint sur son visage.

— Vous le voyez, dit-elle à Villaréal, ma mère ne me reconnaît même pas.

— Espérez, mon amie, lui répondit celui-ci et tendez la main à votre sœur.

En disant ces mots, il avait montré à la comtesse la jeune fille, qui l’examinait curieusement et n’osait faire un pas.

— Ma sœur ?

— Oui, votre sœur ; lorsque sir Arthur Maury a chassé de chez lui sa femme, pauvre victime d’un crime dont il était le véritable auteur, elle portait Sarah dans son sein. C’est bien là la vérité, n’est-ce pas, docteur ?

— C’est vrai, madame, répondit Harris, je vous le jure.

Sans attendre ce serment, miss Ada avait ouvert ses bras à Saphir ; mais celle-ci, comme si elle n’eût osé répondre à cet appel, courba la tête en murmurant dans un sanglot :

— Oh ! non, madame ; non, si vous saviez !

— Je ne veux rien savoir, ma sœur chérie, dit Ada en attirant la jeune fille sur son cœur. Je ne veux comprendre qu’une seule chose, c’est que nous serons deux à l’aimer, à prier pour elle. Je ne veux avoir qu’une espérance, c’est que Dieu voudra peut-être qu’un jour la raison de notre pauvre mère se réveille sous nos baisers. Vous la soignerez, n’est-ce pas, docteur ? Vous la guérirez ?

— Je tenterai tout pour réussir. C’est là du moins, madame, ce que je vous promets de faire.

— Ah ! tenez, mon ami, dit la comtesse de Villaréal sans abandonner la tête de Saphir qui reposait sur son épaule ; je vous aimais bien, mais maintenant que vous m’avez rendu ma mère et donné une sœur, ma vie tout entière ne me suffira pas pour vous prouver ma reconnaissance et mon amour.

En entendant ces paroles, Saphir s’arracha brusquement des bras de miss Ada et, pâle, tremblante, s’avança rapidement vers le comte.

— Son amour ! lui dit-elle, les lèvres frémissantes et en lui prenant les mains, son amour ! Que veut-elle donc dire ?

Villaréal comprit que la jalousie venait de mordre au cœur la malheureuse enfant. Durant toute cette scène, il avait oublié que Saphir l’aimait, et il voyait maintenant, mais trop tard, combien cette affection était profonde et sincère.