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II

LE DÉVOUEMENT D’UNE HINDOUE.



À peu près au moment même où Nadir s’installait avec Ada dans sa villa de Colombo, deux hommes causaient à Hyderabad, sous la vérandah d’un petit hôtel, des événements auxquels nos lecteurs ont assisté à Londres.

L’un, jeune, la physionomie sombre, le regard fiévreux, portait l’uniforme des officiers de l’armée du Bengale. C’était le capitaine George.

Rentré à son poste depuis quelques semaines, il souffrait toujours cruellement de n’avoir pu se venger de son insaisissable ennemi.

Son interlocuteur était Stilson, furieux, lui, d’avoir manqué trop tôt à son serment de tempérance et prêt à se remettre en chasse, dût-il encore ne boire que de l’eau pendant des mois entiers.

Presque tous les jours Stilson venait voir le capitaine, dans l’espérance d’apprendre quelque chose de nouveau, mais tous les jours, c’était de la part du jeune homme la même réponse : Rien, on ne sait pas ce que ce misérable Nadir est devenu.

Le gros Stilson allait se retirer ainsi que la veille, lorsque le domestique de George Wesley parut sous la vérandah pour annoncer à son maître qu’un Hindou désirait lui parler.

— Que me veut-il ? fit brusquement l’officier.

— Il a refusé de me le faire savoir, répondit le soldat ; il m’a dit seulement qu’il venait de Velpoor.

— De Velpoor, fais-le entrer !

En donnant vivement cet ordre, le capitaine fit signe à Stilson de demeurer auprès de lui.

Quelques instants après, un Malabar misérablement vêtu pénétrait dans la galerie.

Il s’approcha de l’officier anglais en se courbant jusqu’à terre.

— Qui t’amène ? lui demanda George.

— Seigneur, répondit l’Hindou, vous m’avez confié la mission de surveiller le brahmine Nanda et la jeune femme qu’il a recueillie chez lui, il y a déjà longtemps.

— Oui, eh bien ?

— Nanda et Sita se préparent à partir.

— Sais-tu pour où ?