Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/123

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ne sera pas long. L’affaire est au rôle. M. Mansart espère que dans un mois tout sera fini, et même peut-être bien plus tôt, s’il obtient le tour de faveur qu’il a sollicité du président de la chambre devant laquelle il doit plaider.

— Vous croyez donc que, pour m’être absenté, je reviendrais aimant moins ?

— D’abord, oui, peut-être ! De plus, à votre retour, ou Éva sera libre, ou elle aura été forcée de rejoindre son mari. Par conséquent, ou vous pourrez l’aimer sans crainte, ou vous aurez le courage et le devoir de l’oublier !

— Et comment expliquerez-vous mon départ à Mme Noblet ? Si vous lui cachez le véritable motif de mon éloignement, elle supposera que je suis devenu tout à coup indifférent à ce qui l’intéresse ; elle jugera que ma sympathie, dont je l’ai souvent assurée, était bien peu profonde, puisqu’elle devra croire qu’elle a disparu devant la crainte d’être mêlé à son douloureux conflit avec son père et son mari, par la calomnie de quelques mouchards. Que pensera-t-elle de moi ? Si, au contraire, vous ne lui dissimulez pas que je me suis sauvé parce que je l’aime, son cœur ne sera-t-il pas touché de ce sacrifice ? N’éveillerez-vous pas en elle un sentiment que j’achèterais au prix de ma vie, et ne m’en voudra-t-elle pas de l’avoir abandonnée au moment même où mon dévouement aurait pu lui être utile ?

— C’est vrai !

— Ne me demandez donc pas de partir. N’exigez