Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/216

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égal, je n’en ressens pas moins une vive émotion, un peu d’orgueil, et vrai ! je crois par moment que c’est arrivé, pour me servir d’une expression du langage à la mode ! Ah ! folle que je suis ! Est-ce que j’aurais pu supporter cette vie fiévreuse ! Est-ce que surtout j’y aurais jamais trouvé ça… et ça !

D’un geste charmant, elle montrait à son interlocuteur, d’un côté Gilbert qui lui souriait, et de l’autre Blanche qui lui envoyait des baisers.

Certes, déjà, de nouveau, Éva avait oublié son père. Hélas ! il n’en était pas de même de M. de Tiessant ; il n’avait pas, lui, oublié sa fille, ou plutôt il s’en était tout à coup souvenu, en rentrant en France, après un long voyage.

Il avait alors voulu savoir où elle était, comment elle vivait, et en apprenant qu’elle n’habitait pas chez Mme Bertin, ainsi qu’il l’avait toujours supposé, mais avec M. Ronçay, son amant, qui l’avait rendue mère, il était allé à Londres, pour sommer son gendre de mettre fin aux désordres honteux de celle qui, bien que repoussée par son mari, n’en était pas moins soumise à l’autorité conjugale et au devoir de la fidélité.

Car c’est là, en effet, la situation monstrueuse que le Code Napoléon fait à la femme séparée de corps. L’époux ne lui doit plus aucune protection et elle continue, elle, à être enchaînée. Elle ne peut rien sans l’autorisation de son mari, ni acheter, ni vendre, ni accepter un héritage, ni tester. Pendant qu’il vit à sa guise, lui, le seigneur et maître, car aucun