Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/243

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point de débuter à l’Odéon, s’il ne s’y opposait pas.

— Ainsi, dit Gilbert avec un véritable désespoir, lorsque le docteur eut terminé, M. de Tiessant est venu poursuivre sa fille jusque chez moi, et la chère enfant n’a pas eu le courage de repousser avec mépris ses monstrueuses accusations ; elle s’est laissé toucher par l’appel hypocrite de son père à l’orgueil, à la morale, à la religion ; et le résultat de tout cela, c’est qu’elle veut se faire comédienne ! Je ne vois pas vraiment ce que l’orgueil de M. de Tiessant, la morale et la religion y gagneront !

— Tu penses bien que le père de ton amie n’a pas supposé un instant qu’elle songerait à entrer au théâtre ; son but unique était de l’amener à se séparer de toi. Or tu sais bien que s’il avait parlé seulement au nom de la morale et de la religion, sa fille, si croyante qu’elle soit, ne l’aurait pas écouté. Mais, orgueilleux, il l’a prise par l’orgueil, et malheureusement il a frappé juste, si juste qu’aujourd’hui, précisément parce qu’elle t’aime plus que jamais, la chère folle s’imagine que sa dignité lui impose le devoir de se suffire à elle-même, de tenter d’y arriver tout au moins.

— Mais c’est absurde ! Ah ! que cet homme soit maudit !

— De plus, vois-tu, car il faut bien que je te dise tout, ce premier mouvement d’orgueil en a provoqué chez Éva un second, plus noble celui-là, parce que la vanité n’y est pour rien, et bien féminin surtout : celui d’être quelque chose, de devenir quelqu’un, de