Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/300

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Pierre seul était venu au-devant de ses maîtres.

Par coquetterie et surtout aussi dans le but de ne pas effrayer sa vieille parente, Éva avait appelé à son aide toute son expérience de femme de théâtre pour se faire belle avant de mettre pied à terre. Grâce à Jeanne, elle était adorablement coiffée ; de plus, sa pâleur disparaissait sous une légère couche de rouge ; mais ce qu’elle n’avait pu amoindrir, c’était l’éclat maladif de ses grands yeux ; ce qu’elle ne pouvait dissimuler, c’était l’amaigrissement qui commençait à creuser ses joues.

Mme Bertin vit tout cela du premier coup d’œil ; toutefois elle eut le courage, en recevant sa nièce dans ses bras, de ne pas trahir sa douleur ; et comme Raymond, cuirassé par profession, lui, contre toutes les surprises, lui tendit la main en souriant, Mlle de Tiessant put croire qu’elle avait trompé tout le monde, jusqu’au brave nègre lui-même qui montrait en riant ses superbes dents d’ivoire, pendant que de grosses larmes sillonnaient ses joues. On pouvait supposer qu’il pleurait de joie !

Ronçay exigea que son amie partît en avant avec sa tante et Jeanne. Il restait lui, avec Bernel et Pierre, pour s’occuper des bagages ; mais dès que la voiture qui emportait la jeune femme eut disparu, le sculpteur dit à son ami, en étouffant un sanglot :

— Comme elle est déjà changée ! Tu la trouves bien mal, n’est-ce pas ?

— Pas autant que je le craignais, répondit le docteur ; je la crois au contraire moins gravement