Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/356

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cidément, non ! Et puis tu es trop jolie ! Tu es plus jolie que moi, maintenant !

Une main sur le front de la jeune fille, Mlle de Tiessant lui rejetait doucement la tête en arrière pour la mieux voir, et de grosses larmes sillonnaient ses joues.

— Oh ! je vous en prie, madame, je vous en prie, fit Jeanne en l’entourant de ses bras, dites-moi ce qui vous fait souffrir ainsi. Pourquoi me trouvez-vous trop jolie ? Vous étiez si calme, si bien portante tout à l’heure, avant le départ de M. Gilbert. S’il vous retrouve plus souffrante ce soir, comme il sera malheureux ! C’est à moi qu’il s’en prendra, à moi qui ne suis pas même capable de vous consoler !

L’esprit d’Éva était visiblement le siège d’un atroce combat, car sa physionomie reflétait successivement les pensées les plus diverses. Tantôt elle fronçait les sourcils et ses lèvres se crispaient dans un sourire amer, pendant que ses regards, inquiets et interrogateurs, se fixaient sur Jeanne ; tantôt elle attirait celle-ci contre sa poitrine et l’embrassait convulsivement, mais pour la repousser bientôt, avec une sorte de mouvement d’horreur.

Désespérée de cette exaltation dont les motifs lui échappaient, la brave fille ne se défendait pas ; elle se contentait de répéter, les yeux pleins de larmes et en retenant avec tendresse les mains de Mlle de Tiessant entre les siennes :

— Je vous en prie, calmez-vous, dites-moi la cause de vos peines. Ah ! si je pouvais les partager