Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/194

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ces confins qu’est né le monde, œuvre des sept derniers éons ou démiurges, égarés sur les terres de Satan. Ces éons (Jéhovah est l’un d’eux) se partagent le gouvernement de leur œuvre et s’approprient chacun une planète. Ils ne connaissent pas l’inaccessible Bythos ; mais Bythos leur est favorable, se révèle à eux par un rayon de sa beauté, puis se cache à leur admiration. L’image divine les hante sans cesse, et c’est d’après cette image qu’ils créent l’homme.

L’homme sorti de la main des démiurges n’était que matière. Il rampait à terre comme un ver et n’avait point de part à l’intelligence. Une étincelle venue du plérome lui porte la vraie vie. Il pense, il se dresse sur ses pieds. Satan alors est rempli de colère, et ne songe qu’à opposer à cet homme régénéré, œuvre mixte des démiurges et de Dieu, un homme sorti de lui tout entier. À côté de l’humanité divine, il y a désormais l’humanité satanique. Pour comble de malheur, les démiurges se révoltent contre Dieu, et séparent la création du principe supérieur où elle doit puiser la vie. L’étincelle divine ne circule plus du plérome à l’humanité, de l’humanité au plérome. L’homme est voué au mal et à l’erreur. Christ le sauve, en supprimant l’action du dieu des Juifs ; mais la lutte des hommes du bien et des hommes du mal