Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/263

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à-dire sous l’action d’un rayon de lumière grecque singulièrement réfracté.

Certes, il y a dans ce fatras du Talmud des maximes excellentes, plus d’une perle précieuse, du genre de celles que Jésus idéalisa en les adoptant et que les évangélistes divinisèrent en les écrivant. Au point de vue de la conservation de l’individualité du peuple juif, le talmudisme fut un parti héroïque et comme on en trouverait à peine un autre dans l’histoire d’une race. Le peuple juif, dispersé d’un bout à l’autre du monde, n’avait plus d’autre nationalité que la Thora ; pour maintenir cet ensemble épars, sans clergé, sans évêques, sans pape, sans ville sainte, sans collège théologique central, il fallait une chaîne de fer ; or rien ne lie plus que des devoirs communs. Le juif portant toute sa religion avec lui, n’ayant besoin, pour son culte, ni de temples, ni de clergé, eut une incomparable liberté dans ses émigrations jusqu’au bout du monde. Son idéalisme absolu le rendit indifférent aux choses matérielles ; la fidélité au souvenir de sa race, la profession de foi (le schema) et la pratique de la Loi lui suffisent. Quand on assiste à une cérémonie dans une synagogue, au premier coup d’œil, tout paraît moderne, emprunté, banal. Jamais les juifs n’ont recherché, dans la construction de leurs lieux de prière, un