Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/316

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Certes, il eût été digne du sage empereur qui introduisit tant de réformes pleines d’humanité de mépriser des intempérances d’imagination sans portée véritable, et d’abroger les dures lois que le despotisme romain faisait peser sur la liberté des cultes et la liberté d’association ; mais personne évidemment n’y pensa autour de lui, pas plus qu’autour de Marc-Aurèle. Le libre penseur peut seul être tout à fait tolérant ; or Antonin observait et maintenait scrupuleusement les cérémonies du culte romain[1]. La politique de ses prédécesseurs avait été constante à cet égard. Ils avaient vu dans le christianisme une secte secrète, antisociale, rêvant le renversement de l’empire ; comme tous les hommes attachés aux vieux principes romains, ils crurent à la nécessité de le réprimer. Il n’était pas besoin pour cela d’édits spéciaux : les lois contre les cætus illiciti, les illicita collegia, étaient nombreuses. Les chrétiens tombaient de la manière la plus formelle sous le coup de ces lois. Il faut observer, d’abord, que le véritable esprit de liberté comme nous l’entendons n’était alors compris de personne, et que le christianisme, quand il fut le maître, ne le pratiqua pas mieux que les empereurs païens ; en second lieu,

  1. Capitolin, Ant. Pius, 13 ; Pausanias, VIII, xliii, 5 ; Orelli, 844.