Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/370

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d’ajouter foi aux calomnies banales par lesquelles les écrivains ecclésiastiques essayent de montrer que tout chef de secte a obéi, en se séparant de la majorité des fidèles, aux motifs les plus bas[1].

La théologie de Marcion ne différait de celle des gnostiques d’Égypte et de Syrie que par sa simplicité. La distinction du Dieu bon et du Dieu juste, du Dieu invisible et du démiurge, du Dieu des juifs et du Dieu des chrétiens formait la base du système[2]. La matière était le mal éternel. L’ancienne loi, œuvre de Jéhovah, œuvre essentiellement matérielle, intéressée, sévère, cruelle, manquant d’amour, n’avait qu’un but : c’était d’assujettir les autres peuples, Égyptiens, Chananéens, etc., au peuple de Jéhovah ; or elle ne réussit pas même à faire le bonheur de ce peuple, puisque Jéhovah était obligé de le consoler sans cesse par la promesse de lui envoyer son fils. On eût vainement attendu ce salut par Jéhovah, si le Dieu suprême, bon et invisible, étranger jusque-là au monde[3], n’eût envoyé son fils Jésus, c’est-à-dire la douceur même, sous la forme apparente d’un

  1. Mêmes fables sur Apelle. Tertullien, Præscr., 30.
  2. Comp. Dial. de recta in Deum fide, dans Origène, Opp. Delarue, I, p. 817 et suiv.
  3. Saint Ephrem, Hymnes xli, xlviii, xlix ; Hahn, Bardesanes, p. 65-66 ; Hilgenfeld, Bard., p. 49-50.