Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/497

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réunions chrétiennes, la mutuelle affection qui régnait dans l’Église, donnèrent naissance aux imaginations les plus folles[1]. On crut à une société secrète, à des secrets connus des seuls adeptes, à une honteuse promiscuité, à des amours contre nature. Les uns parlaient de l’adoration d’un Dieu à tête d’âne, les autres d’ignobles hommages rendus au prêtre. Un récit qui avait généralement cours était celui-ci : « On présente à celui qu’on initie un enfant couvert de pâte, pour enhardir peu à peu sa main au meurtre. Le novice frappe, le sang coule, tous boivent avidement, se partagent les membres palpitants, cimentent ainsi leur alliance par la complicité et s’engagent à un silence absolu. Puis on s’enivre, les flambeaux se renversent, et, dans les ténèbres, tous se livrent à de hideux embrassements[2] ». Rome était une ville très-cancanière ; une foule de nouvellistes et de bavards étaient à l’affût des nouvelles bizarres. Ces contes ineptes se répétaient, passaient pour être de notoriété publique, se traduisaient en outrages et en caricatures[3]. Ce qu’il y eut de grave, c’est que, dans les

  1. « Latebrosa et lucifuga natio, in publicum muta, in angulis garrula. » Min. Fel., 8. V. ci-dessus, p. 307, 373 et suiv.
  2. Justin, Apol. II, 12, 14 ; Athénagore, 4 ; Min. Félix, 9, 28, 31. Comp. Lettre des Églises de Lyon et de Vienne, 14.
  3. V. l’Antechrist, p. 39 et suiv.