Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/564

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Aucun de ces personnages n’a pu battre monnaie. C’étaient ou des révolutionnaires ou des hommes de haute autorité, non des souverains. Si l’un d’eux avait mis son nom sur la monnaie, il eût blessé l’esprit républicain et jaloux des révoltés, et même jusqu’à un certain point leurs idées religieuses (qu’on se rappelle les principes de Juda le Gaulonite). Un pareil fait serait mentionné par Josèphe, pour la première révolte, et l’identité de ce Siméon nasi ne serait pas aussi douteuse qu’elle l’est. S’est-on jamais demandé si la Révolution française n’a pas eu de pièces à l’effigie de Marat ou de Robespierre ? Ce Simon, selon moi, n’est pas autre que Simon Macchabée, le premier souverain juif qui battit monnaie et dont les pièces devaient être fort recherchées des orthodoxes[1]. Comme le but qu’on se proposait était de parer aux scrupules des dévots, une telle contrefaçon suffisait aux exigences du temps. Elle avait même l’avantage de ne mettre en circulation que des types admis de tous. Je crois donc que, ni dans la première, ni dans la deuxième révolte, il n’y eut de monnaies frappées au nom d’une personne alors vivante[2]. l’Eléazar hac-cohen de certaines pièces doit probablement s’expliquer d’une manière analogue, que trouveront les numismates[3].

Je crois de plus que la dernière révolte n’a pas eu de type propre, qu’elle ne fit qu’imiter des types antérieurs. Une circonstance matérielle confirme cette hypothèse. Sur les pièces dont il s’agit, en effet, on ne lit pas toujours שמעון ; on lit souvent שמענו ou שמע. Ces deux formes

  1. Voir ci-dessus, p. 203 et suiv.
  2. Modifier en ce sens ce qui est dit dans l’Antechrist, p. 273-274.
  3. Ne serait-ce pas Éléazar, frère de Juda et de Simon Macchabée ? Sur une monnaie, on trouve d’un côté Eléazar hac-cohen, de l’autre Siméon ou plutôt שמע.