Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/577

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grand embarras. Au moment où l’on va procéder à cet étrange partage, le compagnon se révèle : c’est l’âme du mort que le voyageur a enterré.

Nul doute que le livre de Tobie ne soit une adaptation aux idées juives de ce vieux récit populaire dans tout l’Orient. C’est ce qui explique l’importance bizarre donnée à la sépulture des morts, qui constitue un trait particulier de notre livre[1]. Nulle part ailleurs, dans la littérature juive, la sépulture des morts n’est mise sur le même pied que l’observance de la Loi. Ce rapprochement avec les contes de l’Orient confirme aussi notre hypothèse sur l’origine mésopotamienne du livre. Les Juifs de Palestine avaient l’oreille fermée à toutes ces fables des païens. Ceux d’Osrhoène devaient être plus ouverts aux bruits du dehors. Ajoutons que le livre d’Esther pouvait ne pas exister en ce pays sous la forme qu’il avait en Judée, ce qui expliquerait le passage bizarre qui concerne Aman et Akhiakhar.

Notre hypothèse est donc que le livre de Tobie a été composé en hébreu dans la Syrie du Nord, vers l’an 40 ou 50 après J.-C ; qu’il fut d’abord peu connu des Juifs de Palestine ; qu’il a été traduit en grec, vers l’an 160, par les traducteurs judéo-chrétiens, et qu’il fut adopté immédiatement par les chrétiens.


FIN.
  1. Ch. i, ii ; xii, 12.