Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/67

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Ce style des écrits pseudo-johanniques est quelque chose de tout à fait à part, et nul modèle n’en avait été donné avant le Presbytéros. On l’a trop admiré. Il a de la chaleur, parfois une sorte de sublimité, mais quelque chose d’enflé, de faux, d’obscur. La naïveté manque tout à fait. L’auteur ne raconte pas ; il démontre. Rien de plus fatigant que ses longs récits de miracles et que ces discussions, roulant sur des malentendus, où les adversaires de Jésus jouent le rôle d’idiots. Combien à ce pathos verbeux nous préférons le doux style, tout hébreu encore, du Discours sur la montagne, et cette limpidité de narration qui fait le charme des évangélistes primitifs ! Ceux-ci n’ont pas besoin de répéter sans cesse qu’ils ont vu ce qu’ils racontent, que ce qu’ils racontent est vrai[1]. Leur sincérité, inconsciente de l’objection, n’a pas cette soif fébrile d’attestations répétées qui montre que l’incrédulité, le doute, ont déjà commencé. Au ton légèrement excité de ce nouveau narrateur, on dirait qu’il a peur de n’être pas cru, et qu’il cherche à surprendre la religion de son lecteur par des affirmations pleines d’emphase.

Tout en insistant beaucoup sur sa qualité de témoin oculaire et sur la valeur de son propre témoi-

  1. Jean, xix, 35 ; xx, 30-31 ; xxi, 21.