Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/84

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théories de Philon. Il était reçu, en effet, que, dans les différentes théophanies où Dieu avait voulu se rendre visible, c’est le Logos qui avait revêtu la forme humaine[1]. Ces idées étaient favorisées par de nombreux passages des plus anciens livres historiques[2], où « l’ange de Jéhovah », maleak Iehovah, désigne l’apparence divine qui se montre aux hommes, quand Dieu, d’ordinaire caché, se révèle aux yeux. Ce maleak Iehovah ne diffère souvent en rien de Jéhovah lui-même, et c’est une habitude chez les traducteurs d’une certaine époque de substituer ce mot à Iehovah partout où Dieu est censé paraître sur la terre[3]. Le Logos arriva de même à jouer le rôle de Dieu anthropomorphisé. Il était donc naturel que l’apparition messianique fût rapportée au Logos, que l’on se figurât le Messie comme le Logos incarné.

Certes l’auteur du livre de Daniel n’a pas l’idée que son Fils de l’homme ait rien de commun avec la Sagesse divine, que, de son temps, certains penseurs Juifs érigeaient déjà en hypostase. Mais le rapprochement s’opéra vite chez les chrétiens. Déjà, dans l’Apocalypse, le Messie triomphant a

  1. Alleg. de la Loi, livre III, entier.
  2. Gen., xvi, 7, 13 ; xxii, 11, 12 ; xxxi, 11, 16 ; Exode, iii, 2, 4 ; Juges, vi, 14, 22 ; xiii, 18, 22.
  3. Ainsi font Saadia, Abou Saïd, la version samaritaine.