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BUCOLIQUES

vin achève de les cuire. Non que Philippe se saoule ; il boit avec mesure, pour se récompenser, et il fait durer le plaisir. Ce n’est que très tard qu’il éprouve une espèce de joie enfantine et bruyante qu’il connaît bien. Aussitôt il s’arrête de boire et quitte l’auberge. Sur la route, il exagère un peu son ivresse ; il s’amuse à gesticuler, à briser sa ligne de marche et il ne perd pas la tête quand arrive une voiture.

Puis, dès qu’il aperçoit notre maison, il s’inquiète.

— Qu’est-ce que le Monsieur dira ?

Il rentrait heureux et je vais gâter sa journée.

Il devine que je le guette de la terrasse du jardin, où j’ai l’habitude de respirer l’air du soir, et il faut qu’il passe devant moi, pour rejoindre sa femme, déjà couchée. Il hésite, immobile à la porte du jardin, et je l’entends souffler.

Enfin, résolu, il pousse la porte : son ombre frôle la mienne ; il lève son chapeau d’un geste humble et court, à