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BUCOLIQUES

petits porchers étaient traités dur. On ne leur donnait que du pain.

— Rien avec ?

— Rien que l’eau de leur soupe.

— Pas de salé ?

— Ni salé, ni légumes, ni un œuf, ni un morceau de fromage. Je vous le dis : rien que du pain. Avant d’aller au champ ils coupaient au pain commun ce qu’il leur fallait pour la journée et c’était fini. Demandez aux fermiers Colin qui se sont retirés et qui vivent de leurs rentes. Mme Colin défendait au berger et au porcher de rester là, quand les autres domestiques se mettaient à table. On aurait pu passer en cachette, aux gamins, un peu de fricot.

— Quels avares, que ces Colin !

— Ils avaient raison, dit Philippe. C’est de cette manière-là qu’ils sont devenus riches. Aujourd’hui nos gamins ont de la chance. Ils se louent mieux que les autres domestiques. On les recherche parce qu’ils sont commodes. Une ferme a toujours besoin de deux servantes, d’une forte fille