Page:Renard - Bucoliques, 1905.djvu/81

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
73
BUCOLIQUES

quittée, elle était déjà trop bien partie vers le bonheur pour s’arrêter. Elle pleura décemment le vieil homme et l’oublia sans effort. Et, désormais seule au monde, elle ne craint plus qu’un nouveau deuil lui fasse perdre sa bonne mine ! On ne se lasse pas de s’étonner.

— Madame Louise, vos cheveux sont encore noirs !

— Holà ! qu’est-ce que vous me dites donc ?

— Noirs et ondulés ; je vous félicite.

— Holà ! Seigneur ! que vous êtes drôle !

— Votre figure brille comme un meuble d’acajou.

— Faut-il qu’il soit permis de tant se moquer d’une vieille femme ?

— D’une vieille femme qui a toutes ses dents et qui ne songe, je le parierais, qu’à se remarier. Ah ! madame Louise, celui qui tombera sur vous ne se fera pas mal !

— Si je risquais un coup pareil, comme une libertine, dit Mme Louise, le village me jouerait la musique, à ma noce, avec des